Addictions chez l'adolescent
- nelliefournier
- 17 nov. 2024
- 9 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 déc. 2024
Qu’est-ce que le phénomène de consommation de drogues à l’adolescence ?
Il s’agit d’un comportement fréquent où l’adolescent, de manière plus ou moins régulière, se tourne vers la consommation de substances psychoactives pouvant entraîner une dépendance. Le caractère psychoactif de ces produits est lié à leurs effets directs sur le cerveau. La dépendance se manifeste par un besoin physique ou psychologique constant de la substance, après une consommation régulière ou prolongée.
Elle peut être de deux types, souvent interconnectés :
Dépendance physique : L’organisme nécessite un apport constant, parfois croissant, de la substance pour maintenir son équilibre.
Dépendance psychologique : L’individu recherche de manière compulsive le bien-être ou le plaisir procuré par la drogue, ou encore cherche à échapper à un malaise intérieur.
Ces substances psychoactives peuvent être légales (alcool, tabac) ou illégales (cannabis, cocaïne, ecstasy, etc.). Leur usage s’est tellement répandu parmi les adolescents que cela tend à être banalisé. Cependant, la consommation de telles substances par un jeune n’est jamais sans conséquence et doit être vue comme un signal préoccupant par l’entourage, nécessitant une prise en charge.
Il est important de rappeler que, outre une grande vulnérabilité psychologique, l’adolescent possède un organisme encore en développement, contrairement à l’adulte. Cette immaturité biologique le rend d’autant plus susceptible aux effets négatifs des substances psychoactives, qui peuvent nuire à son développement. Ainsi, les risques liés à la consommation de drogues chez l’adolescent diffèrent de ceux observés chez l’adulte.
Pourquoi l’adolescence est-elle un moment propice à ce phénomène ?
L’adolescence est une période charnière entre l’enfance et l’âge adulte, souvent vécue comme difficile, non seulement pour les jeunes eux-mêmes, mais aussi pour leurs proches, comme les parents, enseignants et éducateurs.
Elle commence généralement avec les premiers signes de la puberté, qui apportent des changements physiques (voix qui mue, apparition des poils, développement des seins, croissance, premières règles ou éjaculations, etc.) souvent perçus comme angoissants, bien que parfois attendus. Ces transformations surviennent de manière inattendue, et l’adolescent n’a aucun contrôle sur la forme qu’elles prendront, ce qui peut engendrer des sentiments de dysmorphophobie ou d’anxiété.
En parallèle, l’entourage de l’adolescent doit ajuster sa manière d’interagir avec lui, ce qui peut être plus ou moins bien géré. C’est également la période où les pairs jouent un rôle primordial. Les adolescents recherchent des repères sociaux, influencés par des modes vestimentaires, des musiques ou des tendances véhiculées par les réseaux sociaux. L’acceptation au sein d’un groupe d’adolescents devient essentielle, et il peut y avoir un éloignement progressif de la famille, perçu comme nécessaire pour affirmer son indépendance.
Cependant, ce détachement est souvent mal vécu par les parents, qui, malgré eux, incarnent à la fois la dépendance à laquelle l’adolescent tente de s’affranchir et le cadre nécessaire à son développement.
L’adolescence sera d’autant plus réussie si l’enfant a connu une petite enfance sécurisante, favorisant son autonomie et sa capacité à se détacher sans dépendre constamment de l’entourage pour se rassurer.
Les défis de l’adolescent : Ils sont souvent confrontés à des difficultés telles que :
Une mauvaise estime de soi
Des comportements provocateurs envers la famille
Des tests répétés pour affirmer leur valeur
Des tentatives de perturber le cadre familial pour tester ses limites
L’influence de leurs pairs et la recherche de modèles différents de ceux des parents
Le recours aux pairs pour se rassurer
Un désir d’échapper aux contraintes familiales, sociales ou scolaires
La transgression des règles pour affirmer son indépendance et sa transition vers l’âge adulte
Parfois, un environnement familial instable accentue ce malaise intérieur
La consommation de drogues chez les adolescents peut s’inscrire dans ce contexte, comme un rite d’initiation visant à faire partie d’un groupe social. Elle commence souvent avec des pairs, et l’adolescent consomme souvent avec ses amis, parfois même avec des proches comme un frère aîné ou un parent (par exemple, pour l’alcool).
La consommation peut représenter une transgression, une tentative de contrôle sur son propre corps, un moyen d’apaiser momentanément des angoisses, ou d’échapper à une réalité difficile.
Il s’agit parfois aussi d’un défi personnel, de mettre à l’épreuve ses limites ou de tester sa résistance face à des situations extrêmes.
Symptômes & conséquences de la consommation de drogues chez les adolescents
Les effets de la consommation de drogues varient d'un individu à l'autre, et leurs conséquences sont influencées par plusieurs facteurs, tels que le type de produit consommé, les doses, les mélanges et la sensibilité individuelle.
On peut distinguer deux types de symptômes : ceux liés au malaise adolescent, indépendamment de la consommation de drogues, et ceux directement causés par les substances elles-mêmes.
Le malaise adolescent peut se manifester sous diverses formes : troubles du comportement, scarifications, tentative de suicide, déscolarisation, comportements à risque, violence, troubles alimentaires ou actes délinquants. Parfois, l'adolescent se retire sans manifester de signes évidents de souffrance, ce qui rend nécessaire une vigilance constante de l’entourage.
Les effets des drogues varient selon qu'elles sont sédatives, excitantes ou hallucinogènes, avec des produits courants comme l'alcool, le tabac, le cannabis et les médicaments psychotropes. Le tabac, l'alcool et le cannabis sont particulièrement consommés par les adolescents et présentent un potentiel addictif élevé. La pression des pairs joue un rôle clé dans l'initiation à ces substances, les adolescents cherchant souvent à s'intégrer dans un groupe et à être acceptés par leurs camarades.
1. Le tabac
Le tabac a des effets psychoactifs relativement discrets, principalement anxiolytiques ou excitants. Bien qu'il n’entraîne pas immédiatement de troubles du comportement graves, il est extrêmement addictif.
La dépendance peut se développer rapidement, notamment si la consommation commence avant 15 ans. Les raisons qui poussent les adolescents à fumer incluent l’imitation des adultes ou le besoin d’affirmer une image sociale.
Le tabac est dangereux pour la santé, avec des effets toxiques sur les poumons, le cœur, les vaisseaux sanguins, et un potentiel cancérigène élevé. Aucun seuil sans danger n’existe, même avec une consommation minimale.
2. L'alcool
L’alcool est fréquemment consommé par les adolescents, et la pression des pairs (et parfois familiale) influence cette consommation, qui peut mener à des comportements de "biture express", où l’objectif est de boire rapidement une grande quantité pour atteindre l’ivresse.
Les effets de l’alcool dépendent de la quantité ingérée. Au début, l'alcool agit comme un excitant et un désinhibiteur, mais lorsqu’une ivresse s’installe, il provoque somnolence, troubles de la concentration, de la mémoire et de la coordination, et peut mener à des comportements violents.
À long terme, l’alcool perturbe l’apprentissage et peut provoquer des troubles neurocognitifs, des problèmes psychiatriques, ainsi que des effets physiques graves sur le foie, le pancréas et le système nerveux, augmentant également le risque de cancers.
3. Le cannabis
Le cannabis est la drogue la plus consommée en France. Il contient le THC, un composé psychoactif qui peut altérer la mémoire, la concentration et provoquer des troubles psychologiques tels que l'anxiété ou des comportements perturbés. Il peut se consommer sous diverses formes : herbe (marijuana), résine (haschisch), ou huile concentrée. Cette dernière forme, en particulier, est très riche en THC et peut être ingérée (par exemple dans des space cakes) ou fumée.
Le cannabis vendu sur le marché peut être coupé avec des substances toxiques, ce qui rend sa composition incertaine.
La consommation régulière de cannabis altère le développement du cerveau des adolescents, affectant des fonctions importantes telles que la mémoire, l’apprentissage et la motivation.
À long terme, cela peut entraîner des troubles psychologiques (psychose, anxiété) et des difficultés comportementales. Le cannabis favorise parfois un isolement social, et bien que souvent consommé en groupe, il peut devenir une consommation solitaire, motivée par un besoin personnel plus que par un désir de socialiser.
Au moment de la prise, les effets varient en fonction de la concentration en THC, de la quantité consommée, de la sensibilité individuelle et des éventuels mélanges avec d'autres substances.
Généralement, le cannabis procure un sentiment de sédation, de détachement, une légère euphorie et parfois une hypersensibilité (comme une meilleure perception des sons). Il peut aussi provoquer des hallucinations, parfois désagréables, et perturber la mémoire immédiate et la concentration, rendant l'apprentissage plus difficile. D'autres effets incluent malaise, vomissements, confusion, tremblements, angoisse, somnolence et parfois un sentiment d'agression.
Sur le plan physique, il peut accélérer le rythme cardiaque, provoquer des yeux rouges, une bouche sèche, et des fringales, bien que ces effets ne soient pas systématiques.
À long terme, une consommation régulière de cannabis peut entraîner des difficultés de concentration, des troubles cognitifs, un détachement social, ainsi qu'une révélation ou aggravation de troubles psychiatriques tels que angoisses, dépression ou phobies. La dépendance est plus psychologique que physique, l'usager cherchant à fuir la réalité. Les risques incluent également une altération des capacités d'apprentissage et une déscolarisation.
Les dangers liés à la consommation de cannabis sont multiples. Lors de la prise, on note des risques de perte de contrôle, des réactions ralenties (rendant le conducteur vulnérable à des accidents), des hallucinations violentes ou des vomissements.
À long terme, l'inhalation de cannabis présente des risques respiratoires et cardiovasculaires, notamment parce qu'une cigarette de cannabis produit jusqu'à cinq fois plus de monoxyde de carbone qu'une cigarette de tabac.
Le risque pénal s'ajoute aux dangers physiques et psychiques, bien que dans certaines régions, la possession de petites quantités puisse entraîner un simple rappel à la loi.
En revanche, la vente ou la culture de cannabis expose à des sanctions plus sévères.
4. Les autres substances
Parmi les autres drogues consommées par les jeunes, on trouve la cocaïne et l'ecstasy, souvent dans un cadre festif, ainsi que des médicaments psychotropes détournés de leur usage médical (somnifères, anxiolytiques), parfois en combinaison avec de l'alcool ou du cannabis, créant des polyconsommations.
Statistiques
Selon l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT), les comportements des jeunes vis-à-vis de la consommation de substances psychoactives varient.
Le tabac : À 17 ans, plus de 40 % des jeunes ont consommé du tabac au cours des 30 derniers jours. Bien que l'usage quotidien ait diminué entre 2005 et 2008, 28 % des filles et 30 % des garçons de 17 ans fument quotidiennement. L'âge moyen de la première cigarette est de 13,5 ans, avec une légère précocité chez les garçons.
L'alcool : C'est le produit psychoactif le plus consommé à 17 ans. Environ 80 % des jeunes déclarent avoir consommé de l'alcool récemment, avec un écart de consommation plus marqué entre garçons (81 %) et filles (71 %). La moitié des jeunes de 17 ans déclarent avoir été ivres dans l'année, et 50 % ont déjà pratiqué le "binge drinking" (boire plus de 5 verres en une occasion).
Le cannabis : 1,2 million de consommateurs réguliers en France. 25 % des adolescents de 17 ans (plus fréquents chez les garçons) ont consommé du cannabis récemment.
Prévention et traitement des consommations de substances psychoactives chez les adolescents
Prévention : Agir en amont afin d'éviter les premières consommations ou leur transformation en comportement régulier.
Famille et éducation : Une famille présente et bienveillante ainsi qu’une éducation axée sur la sécurité affective et l’apprentissage de la frustration dès la petite enfance jouent un rôle protecteur essentiel.
Estime de soi et relations sociales : Développer une bonne estime de soi, notamment dans le rapport aux pairs, aide l’adolescent à mieux résister aux pressions extérieures.
Soutien éducatif : La vigilance bienveillante des enseignants et éducateurs, qui servent de modèles positifs, contribue au développement de repères solides.
Information et sensibilisation : Un accès à des informations fiables sur les effets des substances psychoactives, accompagné de campagnes de prévention (interventions scolaires, affichages), favorise une réflexion critique chez les jeunes.
Activités enrichissantes : Proposer des activités diversifiées valorisant des modèles positifs (sportifs, artistes) éloigne les adolescents des comportements à risque.
Encadrement légal : Les lois encadrant les consommations (augmentation des prix, interdictions pour les mineurs) participent à réduire les accès aux substances. Ces mesures visent à limiter les premières consommations et à prévenir leur banalisation.
Traitement curatif : Soutenir et soigner, car lorsque la consommation devient régulière, il est crucial de traiter à la fois cette habitude et les éventuelles souffrances sous-jacentes.
Approches psychothérapeutiques : Ces traitements incluent des méthodes variées (thérapie cognitive-comportementale, écoute active, soutien motivationnel) et reposent sur une relation de confiance entre le professionnel et l’adolescent. Une collaboration avec les parents peut également être bénéfique.
Substituts et interventions médicales : Pour les dépendances physiques, des traitements comme les substituts nicotiniques (patchs, gommes) peuvent être employés. Dans les cas sévères, une hospitalisation temporaire peut s’avérer nécessaire pour rompre avec les habitudes de consommation.
Consultations spécialisées : Des dispositifs tels que les consultations « jeunes » ou spécialisées (en tabacologie, alcoologie) existent à travers la France. Ces espaces permettent d’amorcer un travail thérapeutique adapté aux besoins des adolescents.
Surmonter les freins : Amener un jeune à consulter peut être complexe. Le déni, la peur ou la dépendance identitaire à la substance représentent des obstacles fréquents nécessitant un accompagnement patient et progressif.
Conséquences sur la vie scolaire :
Consommation occasionnelle : Les effets sur la vie scolaire sont souvent limités aux troubles passagers (fatigue, difficultés de concentration) si les consommations restent ponctuelles.
Consommation régulière : Lorsque les prises deviennent fréquentes, les conséquences s’aggravent : absentéisme, baisse des résultats, désengagement scolaire. Les signes de gravité incluent les consommations matinales ou solitaires, accompagnées de comportements désinhibés, violents ou apathiques.
Mal-être sous-jacent : Même en dehors des prises, un mal-être peut se manifester par de l’isolement, de l’agressivité ou une chute des performances académiques.
Quand et comment intervenir ?
Des signes comme l’absentéisme, les troubles du comportement ou une chute brutale des résultats doivent alerter. Plutôt que de se limiter à des sanctions, il est utile d’adopter une approche bienveillante, en tenant compte d’un éventuel appel à l’aide. L’identification d’une consommation ou d’une souffrance psychique justifie une orientation vers des professionnels spécialisés.
L'avenir : entre incertitude et espoir
Il est difficile de prédire comment les choses évolueront, chaque parcours étant unique. Certains adolescents parviennent à se libérer de comportements addictifs à l’âge adulte, souvent sans subir de conséquences majeures sur le plan social ou professionnel. En revanche, d’autres, plus vulnérables, peuvent sombrer dans une spirale progressive de dépendance, même si leurs comportements initialement paraissent moins marqués.
L’issue dépend en grande partie de la qualité du soutien apporté par les adultes de leur entourage. Ce travail d’accompagnement, bien qu’exigeant et parfois ingrat, reste un levier essentiel pour favoriser une évolution positive. Offrir un cadre sécurisant, une écoute bienveillante et un appui constant peut faire toute la différence dans ces moments de fragilité.
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